Andrew Malkinson reconnu innocent à la suite d’une « erreur judiciaire atroce »

LETTRE DE LONDRES

Le 26 juillet, Andrew Malkinson, 57 ans, est sorti de la Cour d’appel de Londres en homme libre. L’homme a été définitivement blanchi après dix-sept années passées derrière les barreaux pour un crime − un viol ultraviolent dans les environs de Manchester en 2003 − qu’il n’avait pas commis. Sa terrible histoire est celle d’une des pires erreurs judiciaires du Royaume-Uni et met en lumière des dysfonctionnements graves dans les systèmes policier et judiciaire du pays.

« Quand le juge a dit que j’étais libre, j’ai commencé à trembler. Mes yeux se sont emplis de larmes, mais je n’étais pas prêt à pleurer. Une des premières pensées qui m’est venue, c’était que je pouvais enfin partir en vacances », a témoigné Andrew Malkinson en sortant de la Cour d’appel auprès de la journaliste Emily Dugan, du Guardian, qui suivait son cas depuis des mois. « J’ai enfin été blanchi mais je suis là, sans avoir obtenu d’excuses, d’explications, sans travail, sans logement. On attend juste de moi que je m’escamote sans réparations pour l’énorme trou noir qui a été ouvert dans ma vie », a ajouté l’homme, barbe poivre et sel et voix vibrante de colère.

En 2003, à 37 ans, M. Malkinson a la passion des voyages, qu’il finance en enchaînant des boulots alimentaires. Natif de Grimsby, dans le nord-est de l’Angleterre, il est de passage au Royaume-Uni après un séjour de plusieurs années aux Pays-Bas. Sans histoires ni casier judiciaire, il est pourtant arrêté par la police deux semaines après que, aux premières heures du 19 juillet 2003, à Salford, dans la banlieue de Manchester, une femme de 33 ans a été laissée pour morte après avoir été violée. En février 2004, il est condamné à la prison à vie avec une peine incompressible de sept ans par un jury populaire après que la victime a assuré l’avoir reconnu, mais sans qu’aucune preuve physique ni ADN n’ait démontré sa culpabilité.

« Je suis un pacifiste, je hais la violence »

Derrière les barreaux, il va inlassablement clamer son innocence, refusant de participer à des programmes de réhabilitation qui auraient pu lui valoir une libération anticipée. « J’y ai pensé mais mentir sur mon innocence, c’était pire pour moi que de rester en prison. Je suis un pacifiste, je hais la violence », a-t-il expliqué sur BBC Radio 4 peu après le jugement en appel. Soutenu par un réseau d’amis et une association caritative, Appeal, luttant pour la reconnaissance des erreurs judiciaires, Andrew Malkinson sortira de prison en décembre 2020 (pour bonne conduite), mais devra encore attendre deux ans et demi pour que sa condamnation pour crime sexuel soit enfin effacée.

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