Au Sénégal, l’arrestation d’Ousmane Sonko fait craindre de nouvelles tensions

Ousmane Sonko savait qu’à tout moment il pouvait être arrêté. Mais c’est au moment où plus personne ne s’y attendait que l’opposant a été interpellé. Depuis sa condamnation à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse » le 1er juin, le ministère de la justice avait fait savoir que son interpellation pouvait intervenir « aussitôt la décision [de justice] disponible ». Craignaient-elles de nouvelles émeutes étant donné la capacité de M. Sonko à mobiliser la rue à Dakar ? Les autorités avaient en tout cas préféré de facto l’assigner à résidence plutôt que de le transférer à la prison de Rebeuss.

Vendredi 28 juillet, à la surprise de l’opposant et de ses proches Ousmane Sonko a été incarcéré, mais dans une nouvelle affaire. Selon Abdou Karim Diop le procureur de la République qui s’est exprimé samedi devant la presse, Ousmane Sonko est désormais poursuivi pour « appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’État, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, complot contre l’autorité de l’État, actes et manœuvre à compromettre la sécurité publique et vol » pour des faits commis entre mars 2021 et juin 2023.

« Toutes ces procédures que nous avons énoncées qui ont causé des dégâts inestimables ainsi que plus d’une quarantaine de morts convergent inéluctablement vers Ousmane Sonko », a expliqué le procureur. Selon le porte-parole du parti de l’opposant, El Malick Ndiaye, M. Sonko était « en train d’être entendu par le juge pour être inculpé avant d’être placé sous mandat de dépôt » samedi en fin de journée. « On essaiera de lui mettre sur le dos tous les évènements qui se sont produits depuis les deux dernières années », a dénoncé Demba Ciré Bathily, le porte-parole du collectif des avocats de Sonko.

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Important dispositif policier

Samedi, alors que le procureur commençait sa conférence de presse, des heurts commençaient à être signalé dans certains quartiers de Dakar. La veille, une des gares du chantier du Bus Rapid Transit (BRT) a été saccagée et des incidents ont eu lieu à Dakar et à Ziguinchor, en Casamance, la ville dont M. Sonko est maire, sans que des blessés soient signalés. Le fait que l’interpellation ait eu lieu un jour férié dans le pays, au lendemain de la fête d’Achoura, a sans doute limité la mobilisation de ses partisans.

Un important dispositif policier dans plusieurs artères de Dakar restait cependant visible samedi et une interdiction de circuler jusqu’à lundi pour les motos a été décrétée. Des mesures qui laissaient transparaître les craintes des autorités. Début juin, au moins 26 personnes sont mortes dans les émeutes qui ont suivi la condamnation de l’opposant, d’après un bilan d’Amnesty International.

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La coalition d’opposition Yewwi Askan Wi a dénoncé une « énième dérive » du pouvoir alors que le Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, parle « d’acharnement » et de continuité du projet de Macky Sall « d’empêcher leur leader d’être candidat à la présidentielle de 2024 ». Chacune de ces affaires judiciaires fait peser sur l’opposant le risque d’être déclaré inéligible. Déjà condamné dans l’affaire Adji Sarr et dans un dossier de diffamation contre le ministre du tourisme, M. Sonko encourt déjà le risque d’être écarté de la course à la magistrature suprême. A sept mois du scrutin, les autorités judiciaires n’ont pour l’instant pas éclairci publiquement sa situation.

Longtemps accusé par l’opposition de vouloir briguer un troisième mandat, le président Macky Sall a quant à lui levé les doutes : « « Ma décision, longuement réfléchie, est de ne pas être candidat à l’élection, même si la Constitution m’en donne le droit », a-t-il déclaré début juillet, faisant en partie retomber la tension politique qui était devenu étouffante.