la police reprend le contrôle d’une prison de Guayaquil après des violences qui ont fait au moins 31 morts chez les détenus

L’Equateur se retrouve une nouvelle fois confronté à une flambée de violence mortelle dans l’une de ses prisons.

« Le nombre de morts dans les affrontements qui ont eu lieu depuis samedi à l’intérieur du pénitencier du Littoral, à Guayaquil, s’élève à 31, et celui des blessés à 14 », a écrit, mardi 25 juillet, le bureau du procureur général sur son compte Twitter, rebaptisé « X ». Plus tôt, il a fait savoir qu’un policier figurait parmi les blessés.

Le parquet avait auparavant annoncé la mort de dix-huit détenus dans cette prison de l’une des villes de l’ouest du pays les plus touchées par la violence et le narcotrafic, au lendemain de premiers incidents. L’une des victimes a été décapitée, indique un document officiel, qui évoque également l’utilisation d’armes à feu lors des affrontements dans ce pénitencier connu sous le nom de Guayas 1.

Le bureau du procureur général a également annoncé qu’il avait ouvert deux enquêtes, « la première pour l’assassinat des privés de liberté et la seconde pour terrorisme, en raison des explosions et de la quantité d’armes et de munitions retrouvées à l’intérieur du centre pénitentiaire ».

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Massacres récurrents

Quelque 2 700 militaires et policiers ont investi tôt dans la matinée le centre pénitentiaire afin de reprendre le contrôle des lieux. Au cours de l’intervention, neuf fusils, un lance-grenades, quatre pistolets, deux revolvers et mille cartouches ont été saisis. Ce déploiement a eu lieu dans le cadre de l’état d’urgence annoncé le même jour dans l’ensemble du système pénitentiaire. La mesure sera en vigueur pendant soixante jours.

« Nous avons été en mesure d’intervenir pour apporter la tranquillité et rétablir la gouvernance », a assuré Guillermo Rodriguez, le directeur général de l’administration pénitentiaire (SNAI).

« L’État fait régner l’ordre dans le pénitencier (…), la force coercitive ne pliera jamais », a écrit le président Guillermo Lasso sur son compte X. Le président a inclus dans son message des photos montrant des hommes en uniforme lourdement armés, gardant des dizaines de prisonniers dans une cour. Les détenus sont montrés nus, certains assis et d’autres allongés face contre terre, les mains attachées.

A l’extérieur de la prison, une centaine de personnes cherchaient mardi à avoir des nouvelles de proches. Certaines tiennent dans la main un ballon blanc avec l’inscription « nous voulons la paix ». « Les détenus n’intéressent pas [les autorités], c’est comme s’ils étaient des rats. Mais ce sont des êtres humains », s’indigne auprès de l’Agence France-Presse une femme sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. Elle explique craindre que les détenus soient changés de cellule ou de prison, ce qui a déjà provoqué par le passé de violents affrontements entre prisonniers.

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Des gardiens de prison pris en otage

Depuis février 2021, les prisons équatoriennes sont le théâtre de massacres récurrents qui ont fait plus de 420 morts parmi les détenus, parfois décapités ou brûlés. « Nous ne voulons pas de transferts, nous ne voulons pas plus de morts », lance la femme.

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L’Observatoire des prisons, un réseau d’universitaires et de chercheurs qui défendent le droit des détenus, a dénoncé sur X le fait que les détenus sont « privés de nourriture et d’eau depuis plus de trois jours ». « La militarisation des prisons n’est rien d’autre que la transformation de la souffrance humaine en un spectacle politique », a dénoncé l’organisation.

Après l’affrontement, plus de 90 gardiens de prison ont été pris en otage dans les différentes prisons du pays où un mouvement de grève de la faim a en outre été entamé par des détenus. Le SNAI a dit mardi que plus d’une centaine de surveillants avaient été libérés, sans préciser cependant combien étaient toujours retenus.

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Les prisons équatoriennes sont devenues un lieu d’opérations pour les bandes criminelles, qui se disputent le marché de la drogue. Selon un recensement récent, 31 321 personnes dont 3 245 étrangers sont détenues dans les prisons d’Equateur, qui ont une capacité de 30 000 places. La majorité des prisonniers y purge une peine pour trafic de drogue, ce pays figurant parmi les premiers producteurs mondiaux de cocaïne avec la Colombie et le Pérou.

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Le Monde avec AFP